Le 15 septembre 2026, à Riyad, Sid Ali Zerrougui, ministre algérien de la Poste et des Télécommunications, a appelé à la création d’une agence internationale dédiée à la gouvernance de l’intelligence artificielle. Il intervenait lors de la quatrième édition du Forum mondial sur l’éthique de l’intelligence artificielle, organisé du 14 au 17 septembre par l’UNESCO et l’Autorité saoudienne des données et de l’intelligence artificielle, la SDAIA.
La souveraineté exige des moyens.
Une agence internationale, mais avec quels moyens?
En réalité, le ministre algérien a placé la question des moyens au centre d’une discussion souvent réduite aux lois et aux normes. Au cours d’une réunion ministérielle à huis clos, il a alerté sur la concentration des capacités de développement et d’exploitation de l’intelligence artificielle dans un nombre limité de pays et de grandes entreprises.
Les comptes rendus d’Al Jazair Al Youm et de Dz News, publiés le 15 septembre 2026, ainsi que celui d’El Bilad, rapportent que Sid Ali Zerrougui a présenté un défi qui dépasse la réglementation. De nombreux États doivent aussi accéder à la puissance de calcul, aux infrastructures de données, à l’énergie, aux compétences, aux modèles et aux financements nécessaires pour développer ou évaluer des systèmes d’IA.
Six verrous matériels derrière les règles
Cette concentration modifie la portée du débat. Un pays peut participer aux discussions internationales sur la gouvernance tout en dépendant de décisions prises ailleurs, faute de serveurs, de spécialistes, de modèles ou de ressources financières suffisantes. Pour le ministre, cette dépendance risque de devenir structurelle si la concentration actuelle se poursuit.
Le problème concerne la capacité à comprendre les technologies utilisées par les administrations, les économies et les sociétés, puis à les évaluer et à les encadrer. Sans cette maîtrise minimale, une règle peut exister sur le papier sans donner à l’État les moyens d’en vérifier l’application.
La souveraineté sans fermeture technologique
Pour rappel, Sid Ali Zerrougui n’a pas présenté la souveraineté numérique comme un retrait des échanges internationaux. Dans son intervention, il l’a associée à l’existence de capacités nationales suffisantes pour comprendre les systèmes d’IA, les évaluer, les gouverner et les développer progressivement.
Cette position écarte une opposition trop simple entre autonomie et coopération. L’Algérie défend une capacité nationale de compréhension et de contrôle, tout en demandant des mécanismes internationaux capables de réduire les écarts entre États. Participer aux règles suppose, selon cette logique, de pouvoir agir sur les technologies concernées.
De la formation à la capacité d’agir

Surtout, le ministre a demandé à l’UNESCO de faire évoluer la coopération internationale, en passant d’une logique limitée à la formation à la construction de capacités effectives et durables.
L’UNESCO est appelée à contribuer à un cadre pratique définissant un niveau minimal de capacités techniques et de gouvernance pour chaque État membre. Le discours ne fixe pas le contenu détaillé de ce socle. Il en précise la fonction : donner à chaque pays une base pour comprendre, évaluer et encadrer les systèmes qu’il utilise.
Le ministre a aussi relié l’intelligence artificielle éthique à une capacité équitable de participer à sa conception et à sa fabrication. Pour l’Algérie, des règles mondiales perdent de leur portée si la capacité d’action reste concentrée dans quelques centres de décision.
Une agence à bâtir par concertation
La demande algérienne porte sur une agence internationale spécialisée dans la gouvernance de l’intelligence artificielle. Sid Ali Zerrougui a appelé à accélérer sa création, tout en précisant que cette initiative devait faire l’objet d’une large concertation internationale.
Cette concertation doit articuler les cadres existants, coordonner les efforts internationaux et éviter la création d’une structure isolée. L’objectif annoncé consiste à mettre en place des mécanismes de gouvernance au service de l’humanité et des intérêts communs, sans bloquer l’innovation ni le développement technologique.
L’intervention de Riyad ne signifie pas que l’agence existe déjà. Elle ouvre un chantier diplomatique et technique : établir des règles communes alors que les moyens de les appliquer restent inégalement répartis.
À ce stade, la position algérienne tient en un principe clair : aucun pays ne peut participer pleinement à la gouvernance de l’IA s’il ne peut pas comprendre, évaluer et encadrer les systèmes qui touchent ses administrations, son économie et sa société.
Les normes exigent des moyens.




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