Un faux pilote a obtenu plus de 200 billets gratuits en près de cinq ans
Un ancien steward canadien de 34 ans, Dallas Bokornik, a plaidé coupable devant une cour fédérale à Hawaï. Entre janvier 2020 et octobre 2024, il a utilisé de fausses cartes d’identité de pilote pour obtenir plus de 200 billets gratuits auprès de trois compagnies aériennes américaines.
Le ministère américain de la Justice a présenté l’affaire. Al Jazeera l’a rapportée le 11 août 2026puis El Bilad le 13 août. Les autorités n’ont pas divulgué les noms des trois compagnies, dont les sièges sont à Honolulu, Chicago et Fort Worth, au Texas.
La fraude ne reposait pas sur une aptitude à piloter, mais sur une identité professionnelle falsifiée.
Son ancien emploi lui avait laissé des informations et une connaissance des procédures de voyage réservées aux équipages.
Le contrôle qui l’a arrêté au Panama portait sur la carte présentée, pas sur son uniforme.
Le déguisement ne prouve jamais.
La fausse carte prolonge un ancien emploi
Pour rappel, Dallas Bokornik a travaillé comme steward pour une compagnie aérienne basée à Toronto entre juillet 2017 et octobre 2019. Après son départ, les documents judiciaires indiquent qu’il a utilisé des données liées à cet ancien employeur pour établir des cartes présentées comme celles de pilotes.
Ces cartes lui ont donné accès à des programmes de voyage destinés aux pilotes et aux équipages, notamment auprès de compagnies partenaires. Entre janvier 2020 et octobre 2024, il a obtenu plus de 200 billets gratuits auprès de trois transporteurs américains. Les documents judiciaires situent leurs sièges à Honolulu, Chicago et Fort Worth, sans révéler leurs noms.
Le jump seatun accès réservé aux équipages
Dans certains cas, l’ancien steward a aussi demandé le jump seatle siège supplémentaire installé dans la cabine de pilotage. Cette place est généralement réservée aux pilotes en déplacement ou aux membres d’équipage autorisés. Le dossier mentionne ces demandes, mais n’indique pas que Bokornik ait piloté un avion.
Sur ses comptes, il publiait des photos et des vidéos prises dans des aéroports et des villes comme Londres, Bangkok et San Francisco. Ces publications documentaient ses déplacements, sans révéler la fausse identité utilisée pour accéder aux avantages des équipages.
Un contrôle au Panama fait tomber la combine
Surtout, la fraude s’est arrêtée en octobre 2024 au Panama. Un employé d’une compagnie aérienne a douté de la carte présentée par Bokornik, l’a photographiée et a envoyé l’image à Toronto. L’ancien employeur a confirmé que le document était falsifié.
Bokornik a été arrêté au Panama avant d’être remis aux autorités américaines. Une mise en accusation avait été émise en octobre 2025. Il a ensuite comparu devant une cour fédérale à Hawaï et plaidé coupable à un chef de fraude électronique.
Dans le cadre de l’accord de reconnaissance de culpabilité, il a accepté de dédommager les trois compagnies aériennes. L’audience fixée au 8 décembre 2026 doit déterminer la peine. La fraude électronique peut entraîner jusqu’à 20 ans de prison, une amende maximale de 250 000 dollars et une période de surveillance judiciaire.
L’uniforme ne remplace pas la vérification
Phil Dourdi, expert de l’aviation cité par CTV et repris par Al Jazeera le 11 août 2026, estime que l’expérience de Bokornik dans une compagnie aérienne a pu l’aider à comprendre les procédures et les systèmes de voyage réservés aux équipages. Cette connaissance lui aurait facilité l’exploitation des contrôles liés au statut professionnel.
Le même expert rappelle qu’un uniforme ne suffit pas à identifier un pilote. Des vêtements ressemblant à ceux des équipages peuvent être achetés en ligne. Lorsqu’une personne demande un accès réservé au personnel navigant, le contrôle doit porter sur la carte d’identité, l’identité du détenteur et son statut professionnel.
Le précédent JetBlue ne raconte pas la même fraude
En 2019, un ancien employé de JetBlue avait remplacé des billets à bas prix par des billets plus coûteux au profit de proches. Cette opération avait causé environ 785 000 dollars de pertes. L’employé avait plaidé coupable à trois chefs de fraude électronique.
Dans le dossier Bokornik, le mécanisme repose sur l’usurpation d’une fonction et l’accès à des avantages réservés aux équipages. La fraude a duré de janvier 2020 à octobre 2024, impliqué trois compagnies restées anonymes et conduit à une arrestation au Panama. Le dossier mentionne aussi des demandes de jump seatsans établir que l’intéressé ait piloté un avion.
Une carte vérifiée vaut mieux qu’un uniforme.



