Le rapport annuel 2025 du parquet général espagnol décrit une pression accrue des réseaux de stupéfiants sur les côtes méridionales du pays. Présenté lors de l’ouverture de l’année judiciaire à la Cour suprême de Madrid, il classe le trafic de drogue parmi les plus grandes menaces liées à la criminalité organisée et grave. Le quotidien algérien El Bilad a rapporté ces éléments en citant le rapport.
Routes mobiles, trafic en hausse.
Huelva concentre la hausse du haschich
Pour rappel, le cannabis venant du Maroc reste, selon le parquet espagnol, le stupéfiant le plus présent en Andalousie. À Huelva, les autorités ont saisi 63 103 kilogrammes de haschich en 2025, contre 20 975 kilogrammes en 2024. Les données reprises par El Bilad font état d’une progression de 201,8 % en un an.
Ces chiffres montrent une hausse nette des interceptions recensées dans cette province. Le rapport indique que le cannabis cultivé au Maroc entre par les côtes andalouses, tandis que la cocaïne provenant d’Amérique du Sud arrive principalement par les ports avant de rejoindre l’Europe.
À Almería, la cocaïne progresse aussi

Surtout, la hausse concerne aussi la cocaïne. À Almería, les saisies sont passées de 324 kilogrammes en 2024 à 1 255 kilogrammes en 2025, soit une progression de 287 %. Dans la même province, les autorités ont saisi plus de 18 tonnes de résine de cannabis, contre environ 4 tonnes l’année précédente. Le parquet évalue cette progression à 350 %.
Le parquet attribue ces évolutions au déplacement des points de débarquement vers des secteurs voisins, où les réseaux espèrent subir une pression sécuritaire moindre. Cette adaptation concerne notamment Almería, Huelva, Cadix, Séville et Málaga. Les filières modifient donc leurs lieux d’arrivée selon la pression exercée sur chaque zone.
Des doubles fonds aux embarcations semi-rigides
En apparence, les méthodes reposent sur des conteneurs, des remorques et des embarcations rapides. Le rapport décrit aussi de grandes remorques équipées de poutres creuses utilisées comme doubles fonds, ainsi que des tunnels creusés sous la frontière dans la zone de Ceuta.
Pour la cocaïne, le port d’Algésiras reste cité comme un point d’entrée par conteneurs. Dans les secteurs de Barbate, de Sanlúcar et du Guadalquivir, des bateaux semi-rigides récupèrent des cargaisons chargées depuis des navires au large. Selon le rapport, les embarcations rapides, auparavant surtout associées au transport du haschich, sont désormais utilisées régulièrement pour la cocaïne.
Le parquet qualifie l’Espagne de pays stratégique sur les grandes routes maritimes mondiales de la drogue. Le détroit de Gibraltar et les côtes de Huelva, d’Almería et de Málaga figurent parmi les zones maritimes surveillées dans ce dispositif.
Les armes brisent le huis clos des réseaux

Le parquet décrit aussi une violence armée qui touche les groupes rivaux et les forces de sécurité. Dans la province de Cadix, le rapport recense 24 procédures liées à la détention d’armes. Trois opérations menées à Jerez et à Sanlúcar ont permis de saisir quatre fusils AK-47. D’autres armes automatiques, des mitrailleuses et des fusils ont été découverts à Barbate et à Chiclana.
À Almería, les autorités ont saisi 78 armes à feu, dont plusieurs armes automatiques et un lance-roquettes. La province de Séville a également enregistré une hausse des saisies d’armes. Lors d’une opération à Coria del Río, un policier a été grièvement blessé.
Le parquet réclame des moyens supplémentaires
D’où la demande du parquet général espagnol : renforcer rapidement les moyens humains, matériels et juridiques consacrés à la lutte contre ces réseaux. L’institution estime que leur taille, leur complexité et leur violence dépassent les moyens actuellement disponibles.
L’alerte porte donc sur plusieurs évolutions liées : la hausse des quantités saisies, le déplacement des points d’arrivée, l’utilisation de bateaux rapides et la circulation d’armes contre les forces de sécurité.
Les routes bougent, la menace reste.



